samedi 8 octobre 2016

Michel Serres (Habiter)








"Contrairement à ce que disent les terriens, les marins n'habitent point principalement l'eau, douce ou salée, mais ils hantent le vent. Selon la force et le rythme de la brise, les vagues bercent l'équipage et le navire. Les matelots ne dressent pas leur lit le long de la lame, mais dans l'air qui fait ce qu'il veut de la mer. Tangage et roulis donnent au corps du marin un pouls temporel aussi régulier qu'imprévisible ; aussi bercé qu'une balancelle, son hamac s'anime plus d'un mouvement de respiration aérienne que du flux d'une cascade ou d'une cataracte. Le bord se partage moins entre bâbord et tribord qu'entre "au vent" et "sous le vent" ; ici ou là, les portes restent ouvertes ou fermées".


Michel Serres (Habiter)